Cheikh Ibrahima Fall (Lamp Fall) de Ndiaby Fall
Ndiaby Fall se trouve a deux kilomètres au sud de la ville de Kebemer . C’est
dans cette localité que naquit CHEIKH IBRA FALL vers 1855 .C’est une province
habitée par des GUEDJI et des DOROBE (noblesse du cayor ) pouvant prétendre à
l’exercice du pouvoir.
Contrairement à une tendance qui voudrait que Ndiaby Fall ait été fondée au
XVIII ème siècle .Cette contrée a préexisté à la bataille de Danki (1459).
Ndiaby fait partie des localités appelées Falléne-Dedd (du nom de Fall) qui ont
eu à hébergé " les premiers Lamanes du Kayor (propriétaires terriens), devenus
plus tard la dynastie royale du Kayor et du Baol, à la suite du triomphe du
Lamane Ngoné Sobel sur le Bourba Djoloff au XV ème siècle. On peut citer entre
autres Palléne-Dedd, Nguiguis, Ndande, etc.
Ainsi il est établi sans doute que Cheikh Ibra Fall est un garmi. Cette
assertion nous semble revêtir une grande importance, parce qu’elle devra être
l’une des bases fondamentales d’un quelconque travail sur le cheikh. Il faut
également souligner que Ndiaby deviendra un grand centre d’enseignement
coranique à l’image de Pire ou de Coki. Les ascendants de Cheikh Ibra Fall
furent de grands érudits connus dans la province. Il s’agit de Yoro Ndiaby Fall
et de Barane Ndiaby Fall.
Modou Rokhaya Fall est un Garni . Cette assertion nous semble revêtir une
importance ,parce qu’elle devra être l’une des bases fondamentales d’un
quelconque travail sur le CHEIKH. Il faut également souligner que NDIABY
deviendra un grand centre d’enseignement coranique à l’image de PIRE ou KOKI.Les
ascendants de CHEIKH IBRA FALL furent de grands érudits connus dans la province.
Il s’agit de YORO NDIABY FALL et de BARANE NDIABY FALL.
MODOU ROKHAYA FALL ,père de MAME CHEIKH IBRA FALL est un descendant direct de
BARANE NDIABY FALL. Mais il se maria la famille de ses oncles maternels habitant
dans le NDIRA, plus précisément à WAKHI. Il eut avec Sokhna SEYNABOU NDIAYE
,IBRAHIMA FALL(le futur LAMP FALL),SALIOU FALL et ROKHAYA FALL.Quelques années
après la naissance de cette dernière, il quitta (pour des raisons encore
inconnues)Ndiaby pour aller dans le Ndiaré .Il s’installa dans un village appelé
Sali Asta où il a vécu peu de temps avec ses enfants avant de mourir. De toutes
les manières, intervalle de temps à déterminer parce que cela fut nécessaire
pour inculquer à CHEIKH IBRA FALL le Coran et les rudiments de la langue arabe.
Il disait avoir appris intégralement de son père (les fiches de l’administration
coloniale l’attestent ainsi que ceux recueillis oralement).Sokhna SEYNABOU
NDIAYE se maria dans la contrée ,mais les enfants issus de ce second mariage
n’ont pas survécu à la forte mortalité de l’époque . Devenu grand et fort,
Cheikh IBRA FALL resta auprès des siens pour soutenir moralement et
matériellement sa mère.
Cette localité est située actuellement dans le département de Louga entre
NDIAGNE et WARAKH. C’est dans cette partie du NDIARE qu’il faudra replacer MAME
CHEIKH IBRA FALL. Il y passa une bonne partie de son enfance. Au juste, il a
vécu dans trois localités : NDIABY FALL, SALLY ASTA et WAKHI. Mais il a beaucoup
plus duré dans les deux dernières localités situées dans le NDIARE au cœur même
du NDIAMBOUR.
D’ailleurs, l’administrateur colonial l’a toujours présenté comme un
NDIAMBOUR-NDIAMBOUR . Ainsi, dans la fiche signalétique des services de police
coloniale ,un informateur mal averti indique que CHEIKH IBRA FALL était né à
Keur Atoumane Fall situé dans le NDIAMBOUR.
Malheureusement, ce sont de telles informations qui sont reprises par certains
chercheurs, distillant volontairement ou involontairement des contre-vérités. Le
NDIARE est une province du NDIAMBOUR , à la limite de la frontière naturelle
avec le KAYOR. Il a acquis sa renommée pour deux raisons. La première est liée à
la présence des grands érudits musulmans. La seconde est que le NDIARE
consacrait à tout fugitif ou esclave une impunité et une libération. Ce statut
lui était reconnu par tous les royaumes du Sénégal . C’était une sorte de Suisse
,eu égard au rôle qu’elle a joué lors de la seconde guerre mondiale . Les
origines Ndiambour-Ndiambour de CHEIKH IBRA FALL furent un atout important .
Elles développèrent en lui une certaine ouverture d’esprit. Le Ndiambour était
une zone circulation des marchandises venant du Mali, du Maghreb et de
l’intérieur du Sénégal. Le commerce demeurait l’activité dominante de la
province. Ainsi, le Ndiambour devenait un lieu de brassage culturel car des
produits de toutes sortes fusaient de partout pour converger vers ce haut lieu.
Cheikh Ibra Fall a grandi dans cette localité. Ainsi il devait être imprégné
d’une certaine philosophie de la communication. La réussite économique du
mouridisme doit beaucoup aux larges capacités de Cheikh Ibra Fall acquises
durant son existence dans le Ndiambour.
On considère que la conversion de Cheikh Ibra Fall au mouridisme marque une date
charnière en ce qu’elle va donner une nouvelle impulsion à la confrérie.
Prédestinée, cette rencontre s’est déroulée dans des circonstances qui ont
laissés perplexes les contemporains même de Serigne Touba. Et ce qui devait
arriver, arriva : le décret divin s’accomplit, pour la plus grande gloire de
l’islam en Afrique et dans le monde.
Après ses études coraniques complétées par la connaissances de la science
islamique, Cheikh Ibra décida de quitter son fief originel. Quelles sont les
raisons qui sont à la base d’une telle décision ? il serait périlleux de se
livrer à une démarche qui partirait d’une seule hypothèse. A ce niveau il existe
beaucoup de supputations et de conjectures parfois teintées de légende.
Cependant nous partirons de deux versions pour avoir une approche qui aura la
chance de nous mener vers la vérité.
En ce qui concerne la première, Cheikh Ibra nous est présenté comme étant un
illuminé. Cette élévation mystique lui a toujours été reconnue par son
entourage. Etant très jeune, il se plaisait à méditer et à se recueillir. On
peut citer l’épisode du " Daxaar-Mbet " qui est le nom donné à un tamarinier
célèbre de Ndiaby-Fall. Un jour, les villages de Ndiaby sont alertés par les
cris d’une biche aux alentours de l’arbre. Ils accoururent en masse. Dès leur
arrivée, le jeune Ibrahima Fall lâcha l’animal. A la question de savoir pourquoi
il avait fait cela, il leur répondit. " N’avez-vous pas entendu ce que l’animal
me disait ? Il me suppliait de lui laisser la vie sauve. En outre celui qui est
pardonné (par Dieu) doit aussi savoir pardonner ".
De nos jours, l’arbre fait partie des sanctuaires pour le pèlerinage des fidèles.
On admet également que Cheikh Ibra parlait très souvent de celui qu’il doit
servir (Cheikh Ahmadou Bamba). Suivant cette hypothèse, Cheikh Ibra Fall se
sentait prédestiné à une mission qui devenait de plus en plus claire au fur et à
mesure qu’il prenait de l’âge. Ainsi, à la maturité, l’illumination se
transforme en rêve prémonitoire. Il aurait vu Serigne Touba en rêve et c’est à
partir de ce moment qu’il décida de partir à sa recherche.
La seconde version communément admise par les chercheurs et l’administration
coloniale, fait de Cheikh Ibra un riche commerçant dont les affaires
prospéraient un peu partout dans les localités du Ndiambour, du Baol et du Kayor.
C’est au cours de ces nombreux déplacements qu’il rencontra Cheikh Ahmadou Bamba.
La dimension mystique du Cheikh exerça un effet important sur lui et il gela
toutes ses activités pour se consacrer au guide spirituel du mouridisme.
Cette dernière hypothèse est balayée par ce que l’on appelle les pérégrinations.
En effet, il est établi que Cheikh Ibra Fall imbu de soif religieuses et d’un
désir ardent de retrouver celui qui sera plus tard son maître, a séjourné dans
plusieurs localités. L’inspiration divine lui avait suggéré le nom de Ahmadou
Bamba, mais il ignorait au juste de quoi il s’agissait. Il semblerait qu’il
aurait séjourné en Gambie quelques temps dans une localité du nom de ‘Bamba’. La
dernière étape des pérégrinations est, sans doute, Taïba Daxaar chez un marbout
du nom de Serigne Bamba Sylla. C’est là qu’il rencontra les émissaires de Cheikh
Ahmadou Bamba venus remettre des présents à son maître qui s’était lié d’amitié
avec Mame Mor Anta Sally.
Dans tous ces déplacements, Cheikh Ibra a cru retrouver le Bamba qui ne cessait
de retenir dans son subconscient. Cheikh Ibra parvint à rencontrer Ahmadou Bamba,
par l’entremise de Cheikh Adama Guèye qui faisait partie des émissaires venus
vers Serigne Bamba Sylla ou Serigne Taïba Daxaar. La rencontre a eu lieu le 20
du mois de Ramadan à M’backé Kadjoor.
Lorsque Serigne Touba fut mis au courant que ses émissaires étaient revenus
accompagnés d’un hôte, il demanda que celui-ci lui soit présenté. A la vue de
Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Ibra Fall se sentit transporté dans un autre
univers. Il eut l’intime conviction qu’il venait de trouver ce qu’il avait tant
cherché. Alors, il enleva son boubou et s’agenouilla devant Cheikh Ahmadou Bamba.
Cette attitude témoigne d’une certaine philosophie dans la société woloff.
Un esclave se tenait dans la même position, torse nu devant le nouveau maître
qui venait de l’acquérir. Cet épisode de la rencontre entre Cheikh Bamba et Mame
Cheikh Ibrahima Fall revêt une importance capitale dans la compréhension de
cette dialectique qui s’est tissée entre les deux hommes. L’attitude de Cheikh
Ibra est pleine de symbolisme.
Mais c’est dans le discours qu’ils se sont tenus que tout ce symbolisme aura
mieux rejailli. Il serait difficile voire impossible de rendre (en français)
textuellement ce qu’ils se sont dits .
Serigne Bassirou Mbacké, nous en rapporte quelques éléments dans son ouvrage
théologique ‘’ Les Bienfaits de l’Eternel’’ qui est une sorte de biographie de
Serigne Touba Mbacké, nous en rapporte quelques éléments dans son ouvrage
théologique intitulé ‘’ Les bienfaits de l’Eternel ‘’ qui est une sorte de
biographie de Serigne Touba.
Ainsi le grand Mouride Cheikh Ibrahima Fall, qui fut d’ailleurs un des grands
hommes de bonne intention a écrit : ‘’quand je me suis présenté au Cheikh pour
lui faire serment d’affiliation’’. Je n’ai quitté ma maison que pour chercher un
tel guide, je ne trouvais que sa tombe, la véracité de mon intention de suivre
son exemple me ferait parvenir à mon objectif. Je vous prête serment de
n’acquérir rien de ce monde et de me préoccuper exclusivement de Dieu et de la
vie future. ‘’
Alors, le Cheikh lui répondit :’’O Ibrahima ! Quant à moi, si je n’avais des
traces du Prophète que ces étoiles et ce ciel (qu’il est établi de manière
authentique que le Prophète les regardant), j’aurais été sûr que mon intention à
son service et mon amour pour lui m’assureraient la satisfaction de mes besoins
et la conduite (dans la bonne voie) conformément au meilleur destin que Dieu
Très-Haut a réservé à celui à qui il a été donné la foi et l’amour en lui. Cela
dit, j’agrée votre serment et vous tiens à obéir aux ordres et à voter les
interdictions et à orienter votre préoccupation vers Dieu. Mais n’attendez de
moi dans cette vie ni abri vous protègeant du soleil ni autre bien matériel’’.
Le mouridisme a pris comme acte de naissance l’affiliation de Cheikh Ibra et la
disparition de Mame Mor Anta Sally en 1883.
La présence de Cheikh Ibra et la disparition de Mame Mor Anta Sally sont les
catalyseurs de l’émergence de cette confrérie. De 1883 au 30 juin 1930 date de
sa disparition, Mame Cheikh Ibrahima Fall aura été le personnage central du
mouridisme. Son empreinte y reste et demeure ad vita aeternam. Elle est encore
visible à travers les Baay Fall.
Il faut souligner que le mot Baay Fall vient de la langue Wolof. Il est composé
de ‘’baay’’ et ‘’Fall’’. ‘’Baay’’ signifie le père alors que ‘’ Fall’’ est un
nom que porte une grande partie de la communauté wolof. C’est aussi le patronyme
du fondateur de la famille des ‘’Baay Fall’’. Donc littéralement Baay Fall
voudraient dire ‘’ Père Fall’’. De fait, le wolof fait précéder du mot ‘’Baay’’,
les phénomènes qu’il qualifie, en y incluant la notion de propriété individuelle.
Ainsi, on dira ‘’Baay Sikim’’, parce que l’homme dispose d’une barbe peu
ordinaire. On peut utiliser également le mot ‘’baay’’ pour magnifier une
personne, une réalité, etc.
Dans tous les cas, le mot dégage un certain humour qui peut, parfois, tourner à
la satire. Par exemple ‘’Baay Touba’’ renferme plus ce statut que de l’humour.
Comme aujourd’hui, du reste, du reste, on dirait ‘’Baay Touba’’ renferme plus ce
statut que de l’humour. Comme aujourd’hui, du reste, on dirait ‘’Baay alcati’’
pour dénoncer souvent la puissance arbitraire du policier. Bref, le mot reflète,
une certaine ambivalence difficile à contourner, si l’on sait que le khalife
général des mourides fut appelé en son temps ‘’Baay Lahad’’-Serigne Abdoul Ahad-
parce qu’on voulait témoigner de son caractère et de ses principes
imperturbables. Pour comprendre le mot Baay Fall, il faut retenir le dernier
sens que nous venons d’illustrer à travers ‘’Baay Lahad’’. Toutefois, on ne
devrait pas refuser les autres significations du mot. Cela nous permet de saisir
toute la réalité du mouvement.
Durant la mise en place des structures du mouridisme, on ne fait de
différenciation entre mourides et Baay Fall. C’est par la suite que le concept a
fait son apparition. A cette époque, les talibés de Cheikh Ibra se sont
singularisés à travers un comportement et un mode de vie qui furent souvent
décriés par les populations appartenant aux autres confréries.
Paul Marty explique les multiples plaintes comme relevant d’une mahonnêteté
intellectuelle (voir par ailleurs, Cheikh Ibra, ministre des affaires
économiques du mouridisme.)
Texte tiré du Journal ‘Touba’, Bimestriel Islamique